Réunis à Paris dans le cadre de la présidence française du G7, plus de 350 représentants des banques publiques de développement ont plaidé pour une refonte profonde du financement mondial du développement. Entre souveraineté financière, mobilisation des capitaux privés et nouvelles garanties régionales, l’Afrique entend désormais peser dans la redéfinition de l’architecture financière internationale.
Longtemps reléguées au second plan dans les grands équilibres de la finance mondiale, les banques publiques de développement (BPD) s’imposent aujourd’hui comme des acteurs stratégiques de la transformation économique globale. Réunis le 29 avril 2026 à Paris, dans le cadre du dialogue du G7 sur le financement du développement, plus de 350 dirigeants et représentants d’institutions financières publiques ont défendu l’émergence d’un nouveau modèle fondé sur une mobilisation massive des capitaux publics et privés pour soutenir les infrastructures, la transition énergétique et le développement durable.
Au cœur des discussions figurait la nécessité de bâtir une architecture financière plus intégrée, capable de répondre au déficit chronique de financement auquel restent confrontées les économies émergentes, notamment africaines.
Les Banques Publiques au Centre du Nouveau Système Financier Mondial
Créé à Paris en 2020, le réseau Finance in Common Summit (FiCS) fédère aujourd’hui plus de 550 banques publiques de développement réparties dans 155 pays, représentant une capacité annuelle estimée à 2 500 milliards de dollars d’investissements.
À cette occasion, Rémy Rioux, directeur général de Agence française de développement et président du FiCS, a appelé à renforcer le rôle stratégique des banques publiques dans le financement des biens publics mondiaux, estimant qu’elles constituent désormais un levier essentiel pour accélérer la transition climatique et sociale.
Selon les données du FiCS, les banques publiques représentent près de 10 % des investissements mondiaux annuels, confirmant leur place croissante dans les mécanismes de financement du développement.
L’Afrique Défend sa Souveraineté Financière
Présentes à Paris, plusieurs institutions africaines ont insisté sur la nécessité pour le continent de réduire sa dépendance aux financements extérieurs.
Alors que le déficit annuel de financement des infrastructures africaines demeure estimé entre 68 et 108 milliards de dollars, Sidi Ould Tah, président de Banque africaine de développement, a plaidé pour une transformation systémique du modèle financier africain à travers la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA).
Selon lui, l’enjeu dépasse largement la simple disponibilité des ressources financières. Il s’agit désormais de passer « de la fragmentation à la coordination, des transactions isolées à l’échelle systémique, et de la dépendance aux capitaux extérieurs à la souveraineté financière ».
Le dirigeant de la BAD considère la NAFA comme une réorganisation stratégique de la manière dont l’Afrique mobilise, alloue et déploie ses capitaux afin de soutenir durablement son développement économique.
Les Banques Régionales Appelées à Monter en Puissance
Cette dynamique rejoint les orientations défendues par Serge Ekué, président de Banque ouest-africaine de développement et du International Development Finance Club.
Le responsable togolais plaide pour un renforcement des banques régionales africaines afin d’accélérer les transitions énergétique, agricole et industrielle du continent. Il insiste notamment sur la nécessité de développer des instruments financiers africains plus intégrés, capables d’attirer davantage de capitaux privés et de soutenir les investissements de long terme.
Pour plusieurs observateurs, les banques publiques régionales doivent désormais devenir des catalyseurs de l’intégration économique africaine et de la résilience financière du continent.
Une Nouvelle Architecture Financière Hybride
Parmi les principales annonces du sommet figure la création du Public Development Bank Guarantee Hub, une plateforme commune de garanties susceptible de mobiliser jusqu’à 10 milliards de dollars afin de sécuriser les investissements dans les économies émergentes.
L’objectif affiché consiste à mutualiser les capacités financières publiques pour réduire les risques perçus par les investisseurs privés et stimuler les flux d’investissement vers les marchés à fort potentiel.
Les discussions ont également porté sur la reconnaissance des banques publiques de développement comme une véritable classe d’actifs spécifique sur les marchés internationaux. Une telle évolution pourrait améliorer l’évaluation des risques, renforcer la transparence financière et faciliter l’accès des projets africains aux grands investisseurs institutionnels.
Cette mutation traduit un changement de paradigme majeur : le financement du développement ne repose plus exclusivement sur l’aide publique traditionnelle, mais sur des architectures hybrides associant institutions publiques, banques multilatérales et capitaux privés.
Repenser l’Écosystème Financier Africain
À travers ces nouvelles orientations, des institutions telles que la BAD, la BOAD, African Export-Import Bank ou encore Banque de développement des États de l’Afrique centrale ambitionnent désormais de jouer un rôle structurant dans la réorganisation des flux financiers mondiaux.
Pour plusieurs experts, l’Afrique demeure confrontée à un déséquilibre majeur : un système financier encore excessivement centré sur les banques commerciales, insuffisant pour accompagner les transformations structurelles du continent.
À cela s’ajoute une dépendance persistante vis-à-vis des bailleurs internationaux et des arbitrages des marchés financiers mondiaux, limitant la capacité des États africains à définir des priorités de développement véritablement autonomes.
Dans cette perspective, la Nouvelle Architecture Financière Africaine apparaît comme une tentative de réconciliation de l’ensemble de l’écosystème financier du continent ,régulateurs, marchés de capitaux, investisseurs institutionnels, fonds souverains, assureurs et institutions bancaires ,autour d’un objectif commun : mobiliser davantage l’épargne africaine pour financer prioritairement la croissance du continent.
L’ambition affichée est double : diversifier durablement les sources de financement de l’Afrique et améliorer progressivement les mécanismes de partage des risques afin de restaurer la confiance des investisseurs internationaux tout en consolidant la souveraineté économique africaine.
Par Djorres Tshivuadi

