À Kinshasa, une initiative entend remettre la participation citoyenne au cœur du débat public. Baptisée « Citoyenneté Responsable », la structure lance officiellement ses activités samedi 29 août à Ndjili, avec une ambition qui dépasse la simple sensibilisation : apprendre aux citoyens à comprendre, suivre et questionner l’action publique .
Et si la citoyenneté commençait là où s’arrête le simple fait de voter ?
C’est autour de cette interrogation que se construit l’initiative « Citoyenneté Responsable », dont le lancement officiel est prévu samedi au terrain Mambenga, dans la commune de Ndjili. La structure veut faire de l’éducation civique et de la vigilance citoyenne des instruments concrets de participation à la vie publique.
Dans une ville où les préoccupations liées aux infrastructures, aux services publics, à l’environnement urbain ou encore à la gestion des ressources collectives font partie du quotidien, les organisateurs défendent une conviction : un citoyen ne devrait pas seulement attendre des solutions des pouvoirs publics ; il doit aussi être capable de comprendre leur fonctionnement, d’en suivre l’action et de participer au débat.
LE CITOYEN, AU-DELÀ DE L’URNE
Pendant longtemps, la citoyenneté a souvent été associée, dans l’imaginaire collectif, à l’inscription sur les listes électorales et à la participation aux scrutins.
« Citoyenneté Responsable » veut élargir cette définition.
La structure entend promouvoir une citoyenneté active, fondée sur la connaissance des institutions, la compréhension des politiques publiques et la participation aux décisions qui touchent directement les communautés.
Le lancement de samedi devrait réunir habitants de Ndjili, représentants de la société civile, autorités locales ainsi que différents partenaires. Au programme : prises de parole, témoignages, débats publics, stands d’information et ateliers pratiques.
L’objectif est de transformer une notion souvent perçue comme abstraite en outils utilisables au quotidien.
COMPRENDRE AVANT DE CONTRÔLER
L’un des paris de l’initiative repose sur l’éducation.
Des programmes destinés aux écoles et aux centres de jeunes doivent notamment permettre d’expliquer le fonctionnement des institutions publiques, le budget communal, les mécanismes de participation et les voies de recours disponibles pour les citoyens.
Pourquoi une route tarde-t-elle à être achevée ? Comment un projet public est-il financé ? Qui en assure le suivi ? Quels sont les mécanismes permettant à un citoyen de demander des explications ?
Autant de questions auxquelles la structure souhaite apporter des réponses accessibles.
L’idée est de faire passer le citoyen du statut de simple bénéficiaire de l’action publique à celui d’acteur capable de la comprendre et de l’évaluer.
LE PROJET LE PLUS CONCRET : UN OBSERVATOIRE CITOYEN
L’initiative veut également franchir un autre cap avec la mise en place annoncée d’un observatoire citoyen local.
Son rôle serait de suivre les projets publics dans la commune, d’en documenter l’évolution et de rendre régulièrement compte de ses observations.
L’approche se veut moins accusatrice que constructive : constater, documenter, dialoguer et, lorsque cela est nécessaire, formuler des recommandations.
Des rencontres avec les autorités municipales sont ainsi envisagées afin de confronter les constats de terrain aux réponses institutionnelles.
Cette démarche pourrait donner à la participation citoyenne une dimension nouvelle : ne plus seulement dénoncer ce qui ne fonctionne pas, mais disposer d’éléments permettant de mesurer ce qui a été promis, ce qui a été réalisé et ce qui reste à faire.
MARCHÉS PUBLICS, INFRASTRUCTURES, SANTÉ : REGARDER LA GESTION PUBLIQUE DE PRÈS
La campagne devrait également s’intéresser à des sujets particulièrement sensibles pour les populations.
La transparence dans les marchés publics, le suivi des travaux d’infrastructures et les questions de santé communautaire figurent parmi les thématiques annoncées.
À travers ces différents modules, « Citoyenneté Responsable » veut donner aux citoyens des clés pour mieux comprendre la gestion de leur environnement immédiat.
L’objectif est également de favoriser une culture du questionnement citoyen, sans que celui-ci soit nécessairement synonyme de confrontation avec les autorités.
« UN ESPACE NEUTRE »
La question de l’indépendance politique constitue un autre volet important du projet.
Les fondateurs insistent sur le caractère apolitique de la structure.
Aucun parti, expliquent-ils, ne doit constituer le cadre de référence de l’initiative.
La démarche revendiquée consiste plutôt à créer un espace où des citoyens aux opinions différentes peuvent se retrouver autour d’un intérêt commun : la gestion de la chose publique.
Cette neutralité affichée sera toutefois l’un des éléments que l’opinion observera avec attention au fil du développement des activités.
Car dans un environnement politique fortement polarisé, maintenir une initiative citoyenne à distance des logiques partisanes constitue en soi un exercice exigeant.
LA JEUNESSE COMME PREMIER TERRAIN
L’initiative entend particulièrement miser sur les jeunes.
Des partenariats avec des associations locales et des structures de jeunesse sont annoncés afin d’étendre les activités de sensibilisation.
Le choix n’est pas anodin. Pour les organisateurs, l’éducation à la citoyenneté doit commencer suffisamment tôt pour produire, à terme, une culture de responsabilité collective.
L’ambition est donc moins de multiplier les discours sur la citoyenneté que d’apprendre aux jeunes à connaître leurs institutions, à comprendre les mécanismes publics et à participer à la vie de leur communauté.
DE LA SALLE AU QUARTIER
Pour éviter que la campagne ne reste confinée au cadre d’une cérémonie officielle, « Citoyenneté Responsable » prévoit de recourir aux radios communautaires, aux réseaux sociaux et aux actions de proximité.
Le porte-à-porte devrait notamment compléter les activités publiques et permettre d’atteindre des populations qui restent éloignées des espaces traditionnels de débat.
Le défi sera alors celui de la continuité.
Une journée de lancement peut attirer l’attention. Une véritable culture citoyenne, elle, se construit dans la durée.
LE VRAI TEST COMMENCERA APRÈS SAMEDI
Le rendez-vous du 29 août constitue donc moins une finalité qu’un point de départ.
La question sera désormais de savoir si « Citoyenneté Responsable » parviendra à transformer la sensibilisation en participation réelle : des citoyens qui connaissent leurs droits, comprennent leurs responsabilités, suivent les projets publics, dialoguent avec les autorités et contribuent eux-mêmes à la recherche de solutions.
À Ndjili, le message porté par cette nouvelle structure est finalement aussi simple qu’exigeant : la démocratie ne se joue pas uniquement dans les urnes. Elle se construit également dans les quartiers, dans les écoles, dans les débats publics et dans la manière dont chaque citoyen regarde la chose publique.
Samedi, au terrain Mambenga, « Citoyenneté Responsable » donnera le coup d’envoi de cette expérience. Le véritable rendez-vous, lui, sera celui de l’après-lancement.
Par Djorres Tshivuadi

