Après un premier périple de près de 2 900 kilomètres à travers l’Ouest, le Centre et le Sud-Est du pays, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a donné le coup d’envoi, depuis Muanda (Kongo-Central), de la seconde phase de sa « Caravane infrastructurelle ». Objectif : boucler d’ici dix-huit mois le chaînon manquant entre la ville portuaire et la capitale, afin de rendre opérationnel l’intégralité du corridor Banana-Sakania, long de 3 300 kilomètres.
Muanda, épicentre d’une ambition nationale. C’est sous le soleil du littoral atlantique que le ministre John Banza Lunda a officiellement ouvert l’Acte 2 de sa tournée des chantiers, consacré cette fois à l’axe stratégique Muanda-Kinshasa. Une étape cruciale dans la stratégie de désenclavement du pays, alors que le premier volet de cette caravane avait permis de sillonner près de 2 900 kilomètres, de l’Ouest jusqu’à Sakania, dans le Haut-Katanga, en passant par le Centre et le Sud-Est.
« Une fois Banana reliée à Kinshasa, l’ensemble du corridor Banana-Sakania sera opérationnel dans un délai d’un an et demi », a martelé le patron des Infrastructures, fixant ainsi un calendrier ambitieux pour la connexion de la façade atlantique à la ceinture cuprifère.
Le chantier Muanda-Yema, pierre angulaire du désenclavement
Au cœur de cette seconde phase, la route Muanda-Yema, en 2×2 voies, constitue le projet prioritaire. Elle doit non seulement relier la cité balnéaire au futur port en eaux profondes de Banana, mais aussi ouvrir une fenêtre sur les ports voisins de Cabinda (Angola) et de Pointe-Noire (Congo-Brazzaville), renforçant ainsi l’intégration régionale et le potentiel logistique de la RDC.
Ce maillon routier est en effet indispensable pour fluidifier le trafic des marchandises à destination et en provenance de l’arrière-pays, et pour désengorger les axes saturés de la capitale.
Un taux d’avancement de 60 % et des obstacles à lever
Sur le terrain, la réalité est toutefois plus contrastée. Selon le Directeur général de l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT), Nico Nzau Nzau, l’exécution du chantier n’atteint pour l’heure que 60 % des objectifs. Le ralentissement est imputable à deux facteurs majeurs : l’enchevêtrement des réseaux existants (canalisations, câbles, ouvrages divers) et les phénomènes d’érosion côtière, qui fragilisent les assises de la voie.
Face à ces entraves, le ministre a convoqué un arbitrage gouvernemental d’urgence, avec pour échéance la fin du mois de septembre. L’enjeu est de taille : lever les blocages administratifs et techniques afin de respecter le calendrier de livraison de la première phase du port en eaux profondes de Banana, programmée en mars 2027. Un retard sur la route compromettrait irrémédiablement la mise en service du port, dont la capacité et la profondeur doivent en faire un hub de référence en Afrique centrale.
Un corridor continental pour le développement
Au-delà du seul tronçon Muanda-Kinshasa, c’est l’intégralité du corridor Banana-Sakania qui est visée. Avec ses 3 300 kilomètres, cette dorsale est-ouest doit devenir l’épine dorsale du commerce extérieur congolais, reliant l’océan Atlantique à la frontière zambienne. Elle permettra d’écouler les minerais du Katanga, les produits agricoles du Kasaï et les biens de consommation vers les marchés régionaux et internationaux, tout en réduisant les coûts logistiques qui pénalisent aujourd’hui l’économie nationale.
L’engagement affiché par le ministre Banza Lunda et son équipe témoigne d’une volonté politique soutenue, mais le défi demeure immense : concilier urgence opérationnelle, impératifs budgétaires et contraintes géotechniques, dans un environnement où chaque kilomètre de bitume est un pas vers le désenclavement.
Rendez-vous dans les prochains mois pour l’arbitrage attendu, qui scellera la cadence des travaux et la crédibilité d’une promesse de corridor enfin opérationnel.
Par la rédaction

