Patrick Muyaya : quand la communication devient un acte de souveraineté
Il y a des postes ministériels qui dépassent largement le simple cadre administratif.
Celui de ministre de la Communication et des Médias, surtout quand il est aussi porte-parole du Gouvernement, en fait clairement partie.
Dans un pays comme la RDC, confronté à une guerre, à des tensions extérieures, à une forte bataille diplomatique et à une guerre des récits permanente, communiquer ne veut plus juste dire informer.
C’est expliquer.
C’est répondre.
C’est documenter.
C’est rassurer.
Et parfois, c’est aussi défendre le pays.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’action de Patrick Muyaya.
Depuis qu’il est à la tête du ministère de la Communication et des Médias, il a progressivement changé la manière dont l’État communique. Et son apport ne se limite pas à plus de visibilité ou à plus de passages médias. Il touche surtout à la façon dont l’État parle à ses citoyens, échange avec la presse, présente son action et défend sa position dans le débat public, y compris à l’international.
Le changement est surtout dans la méthode.
Pendant longtemps, la communication gouvernementale était surtout descendante : l’État parlait, les citoyens écoutaient.
Patrick Muyaya a essayé d’installer autre chose : l’État explique, répond et rend compte.
Et c’est là que tout commence.
Le briefing : une nouvelle culture de la redevabilité
Un des changements les plus visibles, c’est la mise en place régulière des briefings et points de presse.
L’idée est simple : faire venir les membres du Gouvernement face à la presse pour expliquer leurs décisions, répondre aux questions et rendre compte de leur action.
Mais en réalité, c’est beaucoup plus important que ça.
Ça rapproche les dirigeants des citoyens.
Ça oblige les responsables à sortir du jargon administratif pour parler clairement.
Ça donne aux journalistes un accès direct aux décideurs.
Et surtout, ça crée un rendez-vous régulier entre l’action publique et l’opinion.
Le ministère de la Communication présente d’ailleurs cette approche comme une rupture avec une communication plus fermée et unidirectionnelle. Dès 2022, ces briefings ont été pensés comme un moyen d’éclairer directement l’opinion sur les actions du Gouvernement.
Cette logique de redevabilité est sans doute une des vraies nouveautés de la méthode Muyaya.
Le ministre ne se contente plus d’annoncer.
Il organise aussi la confrontation entre l’action de l’État et les questions de la société.
Une communication qui apprend à répondre à la guerre
Mais c’est avec la crise sécuritaire dans l’Est que tout ça a pris une autre dimension.
Quand la RDC fait face au M23 et à ce que Kinshasa considère comme une agression rwandaise, la bataille ne se joue pas seulement sur le terrain militaire.
Elle se joue aussi dans les médias.
Dans les chancelleries.
Sur les réseaux sociaux.
Dans les chaînes internationales.
Et dans l’espace numérique, où une info peut faire le tour du monde en quelques minutes.
Dans ce contexte, ne pas parler, c’est laisser les autres raconter l’histoire à votre place.
Patrick Muyaya a bien compris ça.
Sa communication s’est donc inscrite dans une logique de bataille des récits : expliquer la position de la RDC, répondre aux accusations, clarifier les faits et porter la voix du pays au-delà de ses frontières.
Les briefings sur la situation dans l’Est illustrent bien cette approche. Il y a eu des séances sur le front diplomatique, la situation humanitaire, les conséquences de la guerre et d’autres aspects du conflit.
Le briefing du 4 mars 2025 sur l’impact de la guerre sur l’éducation montre aussi que la communication ne s’est pas limitée au militaire : elle a aussi cherché à montrer les effets concrets sur la population.
Et là, on comprend mieux la logique :
il ne s’agit plus seulement de parler de la guerre. Il s’agit de parler depuis la guerre.
Face aux récits extérieurs, construire le récit congolais
Dans une crise internationale, un État ne peut pas laisser son histoire être racontée uniquement par d’autres.
Il doit produire son propre récit.
Expliquer ses positions.
Répondre vite.
Parler aux médias internationaux.
Et traduire sa réalité dans un langage compréhensible à l’extérieur.
C’est ce rôle que Patrick Muyaya a progressivement assumé.
Ses interventions sur les questions diplomatiques et sécuritaires ont donné plus de visibilité à la position officielle du gouvernement de la RDC.
Ses passages dans des médias internationaux, comme Deutsche Welle, ou ses prises de parole lors de conférences sur la situation dans l’Est, participent à cette stratégie de présence dans l’espace médiatique mondial.
La communication devient alors un outil de défense des intérêts du pays.
Pas une arme militaire.
Mais une capacité d’influence.
De la parole politique à la souveraineté informationnelle
Un autre point important de cette période, c’est la volonté de renforcer les médias publics.
La RTNC est au centre de cette dynamique.
Moderniser un média public, ce n’est pas juste une question de matériel. C’est surtout donner à l’État un outil capable de produire et diffuser une information fiable, avec des standards modernes.
En octobre 2024, Patrick Muyaya a inauguré un nouveau studio des journaux télévisés de la RTNC et présenté de nouveaux équipements de transmission dans le cadre de cette modernisation.
Le travail concerne aussi la numérisation de l’Agence Congolaise de Presse et l’amélioration des contenus audiovisuels.
Devant le Parlement en 2025, il a d’ailleurs rappelé ces chantiers comme prioritaires : modernisation de la RTNC, digitalisation de l’ACP et renforcement des moyens du service public.
C’est essentiel.
Parce qu’un État qui veut défendre son récit doit aussi avoir les outils pour le produire.
La souveraineté informationnelle ne se joue pas seulement dans les discours.
Elle se joue aussi dans les studios, les rédactions et les plateformes numériques.
Réformer le cadre des médias
Autre chantier important : la réforme de la loi sur la presse.
Adoptée en 2023, elle élargit le champ du texte à la liberté d’information et intègre mieux les médias en ligne, communautaires et numériques.
C’était nécessaire, vu l’évolution du paysage médiatique.
Aujourd’hui, l’information ne passe plus seulement par les journaux ou la télévision. Elle passe aussi par les sites web, les réseaux sociaux et de nouveaux acteurs.
L’objectif était donc d’adapter le droit à la réalité.
Et de moderniser le secteur.
Il faut quand même préciser une chose : la régulation des médias ne dépend pas uniquement du ministre de la Communication. Le CSAC a aussi ses propres compétences. Le rôle de Muyaya est surtout dans le cadre légal et institutionnel.
Et cette précision est importante pour bien comprendre le système.
Les réseaux sociaux : nouveaux terrains de souveraineté
Avec le numérique, tout a changé.
Les réseaux sociaux sont devenus des espaces où se construit l’image d’un pays, d’un gouvernement, et même d’un conflit.
Aujourd’hui, une info peut influencer une opinion internationale en quelques heures.
Patrick Muyaya s’est souvent exprimé sur ce sujet, notamment sur les dérives, les fausses informations et les contenus toxiques qui circulent en ligne.
Mais l’idée n’est pas de contrôler tout.
L’enjeu, c’est plutôt de trouver un équilibre entre liberté et responsabilité.
Dans une démocratie, on ne peut pas supprimer la parole.
Mais on peut essayer de faire en sorte qu’elle soit exercée de manière responsable.
Une communication gouvernementale plus professionnelle
Au-delà des réformes, il y a aussi le style.
La communication gouvernementale est devenue plus régulière, plus structurée et plus réactive.
Le ministre a aussi renforcé la coordination entre les différents services de communication de l’État pour éviter les contradictions.
Et ça, c’est crucial.
En période de crise, un État ne peut pas se permettre de parler dans tous les sens.
La cohérence devient une question de crédibilité.
Le porte-parole joue donc un rôle central dans cette organisation.
Une voix congolaise dans une bataille internationale
La crise de l’Est a aussi donné une dimension internationale à cette fonction.
Aujourd’hui, chaque déclaration peut être reprise par des médias étrangers, des organisations internationales ou des chancelleries.
La parole publique fait donc partie de la diplomatie.
Dans ce contexte, Patrick Muyaya a contribué à rendre la communication congolaise plus visible à l’extérieur.
Il ne s’agit plus seulement de parler aux Congolais.
Mais aussi aux partenaires internationaux, aux médias étrangers, aux institutions multilatérales et à l’opinion mondiale.
La bataille des récits devient aussi une bataille de compréhension.
La prouesse Muyaya : comprendre que communiquer, c’est aussi gouverner
Au final, ce qui ressort le plus, ce n’est pas seulement sa présence médiatique.
C’est surtout sa manière de faire évoluer la fonction.
Communiquer, ce n’est plus juste annoncer.
C’est créer du lien.
Expliquer.
Répondre.
Lutter contre la désinformation.
Accompagner la diplomatie.
Et défendre les intérêts du pays.
Dans un contexte comme celui de la RDC aujourd’hui, cette évolution est loin d’être secondaire.
Un État ne peut pas seulement compter sur ses diplomates ou ses militaires.
Il doit aussi avoir une voix forte et claire.
Une souveraineté qui passe aussi par les mots
La souveraineté d’un pays ne se limite pas à ses frontières.
Elle passe aussi par sa capacité à raconter sa propre histoire.
À produire ses propres contenus.
Et à faire entendre sa voix.
C’est dans cette logique qu’il faut lire l’action de Patrick Muyaya.
Modernisation de la RTNC.
Digitalisation de l’ACP.
Réforme de la presse.
Briefings réguliers.
Coordination de la communication gouvernementale.
Présence internationale plus assumée.
Et adaptation à une guerre où l’information est devenue un front à part entière.
Tout ça va dans le même sens :
donner à la République les moyens de parler par elle-même.
La parole de l’État comme instrument de souveraineté
Patrick Muyaya restera associé à une période où la communication gouvernementale a clairement changé de niveau.
Le porte-parole n’est plus seulement un relais.
Il devient aussi un acteur de la bataille de l’information.
Le briefing devient un outil de transparence.
Les médias publics deviennent un enjeu stratégique.
La réforme de la presse devient une nécessité.
Et la communication internationale devient indispensable.
Dans un contexte de crise, la RDC doit se défendre sur tous les fronts.
Sur le terrain.
Dans la diplomatie.
Dans les médias.
Et en ligne.
Patrick Muyaya a contribué à installer cette nouvelle vision.
Le défi maintenant, c’est de continuer, en gardant une parole :
forte, claire, crédible, accessible et responsable.
Parce qu’au final, une communication d’État ne gagne pas juste en parlant plus fort.
Elle gagne en restant constante.
Elle ne convainc pas seulement en répétant.
Elle convainc en prouvant.
Et elle devient vraiment souveraine quand elle arrive à faire entendre, partout où ça compte, la voix d’un État qui sait ce qu’il défend.
Écouter. Documenter. Expliquer. Rendre compte. Défendre. Agir.
C’est peut-être ça, la vraie bataille des récits.
Et peut-être aussi le début d’une autre forme de souveraineté congolaise :
celle de raconter soi-même son histoire, sans la laisser aux autres.
Par Djorres Tshivuadi
Chroniqueur — Politique, communication et gouvernance

