Kinshasa, août 2026 – Moins d’un Congolais sur quatre a accès à l’électricité, et la situation n’est guère plus favorable pour l’eau potable. Face à ce constat alarmant, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Sakombi Molendo, dresse un bilan sans complaisance et esquisse les grandes lignes d’une stratégie ambitieuse pour transformer durablement ces secteurs essentiels.
Un paradoxe congolais : l’abondance face à la privation
La République démocratique du Congo possède un atout exceptionnel : elle abrite près de la moitié des réserves d’eau douce d’Afrique et dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à 167 000 mégawatts, parmi les plus importants au monde. Pourtant, cette richesse naturelle peine à se traduire en amélioration concrète du quotidien des populations.
« Lorsque l’eau ne coule pas au robinet et que la lumière s’éteint, c’est le temps des familles qui se dérobe, la santé qui vacille, l’apprentissage qui s’alourdit et l’activité économique qui ralentit« , souligne le ministre dans une déclaration à notre rédaction.
Ce décalage entre les ressources disponibles et leur accès effectif constitue, selon lui, « l’une des blessures les plus profondes de notre histoire économique« .
Une méthode articulée autour de deux priorités
Nommé le 13 août 2025 à la tête du ministère, Aimé Sakombi Molendo affiche une feuille de route claire, inscrite dans la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et du gouvernement dirigé par Judith Suminwa Tuluka.
Sa stratégie repose sur un double engagement : répondre à l’urgence immédiate tout en préparant les réformes structurelles nécessaires. « Un État qui réforme sans produire d’effets visibles finit par éroder la confiance de ses citoyens ; un État qui ne regarde que l’urgence condamne les générations à venir à revivre les mêmes pénuries« , explique-t-il.
Cette approche intégrée considère l’eau et l’électricité comme indissociables. « Dans la vie réelle, ce sont les mêmes familles, les mêmes écoles, les mêmes hôpitaux et les mêmes entreprises qui subissent, simultanément, les deux déficits« , justifie le ministre.
Secteur de l’eau : des avancées concrètes et une régulation renforcée
Parmi les réalisations marquantes, le programme porté par la REGIDESO à Kinshasa a reçu l’aval du Conseil des ministres le 5 décembre 2025. L’achèvement des modules 2 et 3 de l’usine de traitement d’eau à l’ozone permettra d’atteindre une capacité totale de 330 000 mètres cubes par jour, bénéficiant à plus de six millions d’habitants répartis dans dix communes de la capitale.
Parallèlement, la création de l’Autorité de régulation du service public de l’eau (ARPSE) franchit une étape décisive. Soutenu par le projet AGREE de la Banque mondiale, le recrutement de ses dirigeants a été engagé. « Sans régulateur indépendant, transparent et crédible, aucun investissement d’envergure ne saurait s’inscrire durablement dans le secteur« , insiste le ministre.
Les projets s’étendent également hors de Kinshasa : les marchés pour les systèmes d’alimentation en eau de Kananga et Tshikapa ont été lancés, tandis que la création progressive des Régies provinciales du service public de l’eau a débuté.
Électricité : des progrès réels mais insuffisants
Le taux national d’accès à l’électricité est passé de 9 % en 2018 à 21,5 % en 2025. Une progression significative, mais que le ministre juge « très insuffisante au regard des besoins ».
La priorité a été donnée à la remise en service des infrastructures existantes, notamment vingt-deux centrales rurales financées par l’État. L’objectif affiché est de rendre utiles les équipements déjà construits avant d’envisager de nouveaux investissements.
Une réforme tarifaire pour concilier viabilité économique et protection sociale
La modernisation de la REGIDESO passe également par un modèle économique soutenable. Une réforme tarifaire est engagée pour permettre à l’entreprise publique de couvrir ses coûts essentiels, tout en protégeant le pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables.
« La vérité économique ne saurait devenir une brutalité sociale« , prévient Aimé Sakombi Molendo, qui mise sur la transparence et le dialogue pour trouver cet équilibre délicat.
Une vision pour l’avenir
Au-delà des chantiers immédiats, le ministre entend poser les fondations d’une transformation durable. La loi sur l’eau fait l’objet d’un travail de vulgarisation, ses mesures d’application et les normes techniques sont progressivement élaborées.
« La grandeur d’une Nation ne se mesure pas seulement à ce qu’elle possède, mais à sa capacité à le transformer patiemment, méthodiquement, honnêtement, au bénéfice de son peuple« , conclut-il, réaffirmant sa conviction que l’accès universel à l’eau et à l’électricité n’est pas une aspiration secondaire du développement, mais bien sa condition première.
Propos recueillis par notre rédaction dans un communiqué du Ministère des ressources d’hydraulique et de l’électricité

