Depuis plusieurs semaines, la gestion de la Congolaise des Voies Maritimes (CVM-SA) occupe la une de l’actualité judiciaire et médiatique. Au cœur des projecteurs : Madame Jeanne Blandine Kawanda Walwom, Directrice Générale suspendue, accusée par certains titres de presse d’une « tentative de détournement de 44 millions de dollars » liée à l’acquisition d’une nouvelle drague. Cependant, une analyse rigoureuse des pièces du dossier et du déroulement des procédures révèle un décalage flagrant entre le récit sensationnaliste et la réalité factuelle.
Un contrat transparent et conforme aux procédures
Loin de l’image d’une opération clandestine, le contrat d’acquisition conclu avec le constructeur néerlandais Royal IHC leader mondial du secteur s’est inscrit dans un cadre légal strict. L’opération a bénéficié de l’autorisation spéciale de procédure de gré à gré et de l’avis de non-objection de la Direction Générale de Contrôle des Marchés Publics (DGCMP). Une offre concurrente, jugée plus coûteuse, avait d’ailleurs été écartée, et Royal IHC avait lui-même rendu l’accord public bien avant la suspension de la Directrice Générale.
Sur le plan financier, la confusion alimente le scandale : le marché s’élève en réalité à 36 millions d’euros pour la drague, assortis de 2,8 millions d’euros pour l’assistance technique et le renforcement des capacités, soit un total de 38,8 millions d’euros. Assimiler la valeur globale d’un contrat d’équipement à des fonds détournés relève au mieux d’une méconnaissance des mécanismes financiers, au pire d’une manipulation. À ce jour, aucun enrichissement personnel, compte bénéficiaire ou flux financier illicite n’a été identifié.
Procédure administrative et désinformation judiciaire
Les étapes administratives subies par la dirigeante ne sauraient équivaloir à une condamnation pénale :
- 11 mai 2026 : Suspension conservatoire de trois mois pour enquêtes.
- Retrait de mandat : Décision administrative contestée sur le plan du droit.
- Conseil d’État : Contrairement aux rumeurs la prétendant « déboutée », la procédure est toujours en cours et aucune décision n’a été rendue.
Aucune juridiction n’a établi de responsabilité pénale à son encontre. Si les enquêtes ouvertes dès août 2025 avaient apporté des preuves matérielles d’un détournement, le dossier aurait déjà été transféré au Parquet.
Les enjeux de gestion et l’impact sur le climat des affaires
Durant ses trois années de mandat, l’action de Blandine Kawanda s’est concentrée sur l’assainissement financier, le paiement régulier des salaires et le désintéressement des arriérés hérités. L’achat d’une drague propre visait précisément à affranchir la CVM des coûts exorbitants de la location d’équipements tiers. Cette volonté de réformer et de fermer certains circuits informels suscite inévitablement des résistances.
Au-delà du cas individuel, qualifier sans preuve un contrat international de « détournement » porte atteinte à la crédibilité de la RDC auprès des investisseurs étrangers. Si la reddition des comptes reste un impératif républicain, elle doit s’appuyer sur des preuves factuelles et non sur des procès médiatiques.
Par la rédaction LPC

