Candidature de Juliana Lumumba à l’OIF : une héritière de l’histoire pour porter la voix de la Francophonie

C’est une candidature lourde de symboles qui a été officiellement présentée, le 21 mai 2026, à la Galerie Bourbon à Kinshasa. Juliana Amato Lumumba, fille du héros de l’indépendance congolaise Patrice Emery Lumumba, a officiellement posé sa candidature au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Un acte solennel qui marque une nouvelle étape dans une trajectoire déjà exceptionnelle, mêlant héritage familial, engagement panafricain et expertise diplomatique.

Un parcours façonné par l’histoire

Née le 25 janvier 1955, quelques mois avant que le Congo ne plonge dans sa plus longue nuit postcoloniale, Juliana Lumumba a grandi sous la double influence de deux figures majeures du continent : son père biologique, Patrice Emery Lumumba, Premier ministre assassiné en 1961, et son père tutélaire, le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Cet ancrage entre l’Afrique centrale et le monde arabe a forgé une vision transversale des enjeux du Sud.

Son parcours académique l’a menée à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, où elle a obtenu un diplôme d’études approfondies en sciences politiques et sociologie de la défense. Avant d’embrasser une carrière politique, elle s’est illustrée dans le journalisme, travaillant entre 1984 et 1994 pour des médias comme Al Manar, Al Ahram International ou Dialogue International. Une décennie durant laquelle elle couvre les questions africaines et les droits de l’homme, aiguisant sa lecture des rapports de force internationaux.

De la scène nationale à la scène panafricaine

De retour en République démocratique du Congo, elle occupe les postes de vice-ministre puis de ministre de la Culture et de l’Information entre 1997 et 2001. Elle y œuvre à la valorisation du patrimoine culturel congolais et à la promotion de la diplomatie culturelle, tout en participant à des missions régionales, notamment lors des discussions sur la mise en place du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (CEEAC) à Malabo en 1999.

Mais c’est véritablement sur le terrain économique et institutionnel que Juliana Lumumba va asseoir sa crédibilité. De 2007 à 2015, elle est Secrétaire générale de l’Union Africaine des Chambres de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Professions, basée au Caire. À ce poste, elle travaille à l’harmonisation des cadres juridiques, à la promotion de l’entrepreneuriat féminin et des jeunes, et au développement des investissements africains. Une expérience qui lui a permis de côtoyer gouvernements, secteur privé et institutions financières régionales, et qui constitue aujourd’hui le socle de sa vision pour la Francophonie.

Une candidature portée par la RDC

Le 26 février 2026, le gouvernement congolais officialise sa candidature, confirmée solennellement le 19 mars par le président Félix Tshisekedi, en présence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. C’est aux côtés de cette dernière que Juliana Lumumba a dévoilé les grandes lignes de son programme, jeudi 21 mai, devant un parterre de diplomates, ministres et parlementaires francophones.

« La Francophonie ne peut plus être une simple courroie de transmission des enjeux du Nord. Elle doit devenir un espace de co-construction et de solidarité active entre ses 88 États et gouvernements », a-t-elle martelé, appelant à une OIF plus agile, davantage tournée vers l’économie, la jeunesse et la paix.

Une vision d’avenir pour une organisation en quête de renouveau

Avec un parcours alliant mémoire historique, pratique diplomatique et expérience économique, Juliana Lumumba incarne une candidature atypique. Alors que l’élection du ou de la prochaine Secrétaire générale de l’OIF approche, elle entend mettre son double ancrage culturel et son expérience panafricaine au service d’une organisation en quête de sens et de rayonnement.

La campagne ne fait que commencer. Mais une chose est sûre : le nom de Lumumba résonne à nouveau sur la scène internationale, porté par une femme déterminée à écrire un nouveau chapitre de l’histoire francophone.

Par La Rédaction

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