RDC : Moïse Katumbi dénonce un scandale sanitaire majeur à la mine de Tenke Fungurume et appelle à une enquête indépendante

Dans une déclaration publique publiée ce mardi 17 mars 2026, l’ancien gouverneur du Katanga et président du parti Ensemble pour la République, Moïse Katumbi, tire la sonnette d’alarme sur les conditions d’exploitation de la mine de Tenke Fungurume, opérée par le groupe chinois CMOC. Il évoque une catastrophe écologique et un scandale sanitaire touchant directement les populations riveraines.

Dans un long communiqué dont notre rédaction a obtenu copie, M. Katumbi s’appuie sur les récentes révélations de l’Environmental Investigation Agency (EIA), une ONG internationale spécialisée dans les enquêtes environnementales, pour dénoncer des pratiques industrielles qu’il juge criminelles.

Selon l’ancien gouverneur, la situation sur le site exploité par le géant chinois CMOC est alarmante. Il décrit des travailleurs exposés sans protection, des familles vivant sous des nuages de dioxyde de soufre, et surtout, des conséquences sanitaires dévastatrices, notamment chez les plus jeunes. « Des enfants qui saignent du nez, toussent du sang et peinent à respirer », écrit-il, avant d’ajouter que des informations font état d’une « augmentation des cas de morts-nés et d’enfants naissant avec des malformations ».

Des allégations qui, si elles étaient confirmées, placeraient l’exploitation minière congolaise au cœur d’un scandale humanitaire et écologique d’une ampleur internationale.

Pour étayer son propos, Moïse Katumbi oppose la situation actuelle à celle qu’il affirme avoir imposée lorsqu’il était à la tête de la province du Katanga, entre 2007 et 2015. À l’époque, la mine de Tenke Fungurume était exploitée par l’américaine Freeport McMoRan.

« Nous avions imposé un principe simple et non négociable : aucune production minière ne pouvait se faire au détriment de la santé des populations et de l’environnement », rappelle-t-il. Il décrit un système de contrôles semestriels effectués par des organismes internationaux indépendants, avec des sanctions immédiates en cas de non-respect des normes.

« Ce qui se passe aujourd’hui à Tenke Fungurume est une pratique nouvelle et très nocive », insiste-t-il, pointant du doigt une augmentation de la production qui se ferait au détriment des normes environnementales et sanitaires.

« Cobalt de sang » et « hypocrisie mondiale »

L’ancien gouverneur ne se limite pas à un constat local. Il élargit le débat à la dimension planétaire du drame. Le cobalt extrait en RDC est en effet un composant essentiel des batteries des véhicules électriques et des appareils électroniques qui alimentent la transition énergétique mondiale.

Dès lors, il pose une question qui résonne comme un réquisitoire : « La transition énergétique mondiale peut-elle se construire sur une injustice environnementale aussi flagrante ? » Allant plus loin, il n’hésite pas à employer le terme de « cobalt de sang », en référence aux minerais de conflit, et dénonce une « hypocrisie mondiale » où l’Occident et les grandes puissances économiques fermeraient les yeux sur les conditions d’extraction des ressources stratégiques.

Cinq mesures urgentes et une mise en garde judiciaire

Face à cette situation qu’il juge intolérable, Moïse Katumbi ne se contente pas de dénoncer. Il propose un plan d’action en cinq points, exigeant des autorités congolaises et de la communauté internationale des mesures immédiates :

  1. La publication intégrale et transparente des données sur la qualité de l’air et les émissions industrielles à Tenke Fungurume.
  2. La mise en place d’une commission d’enquête indépendante, associant des experts médicaux et environnementaux internationaux.
  3. La prise en charge médicale immédiate des travailleurs et des populations affectées.
  4. La suspension de toute expansion industrielle tant que la sécurité sanitaire n’est pas garantie.
  5. L’ouverture de poursuites judiciaires contre tous ceux qui ont contribué, « par action ou par silence », à ce drame.

Dans un contexte où la RDC cherche à renforcer sa souveraineté sur ses ressources minières et à attirer des investissements responsables, les accusations de l’ancien gouverneur du Katanga placent le gouvernement central face à ses responsabilités. Si elles étaient corroborées, elles pourraient ternir l’image du secteur minier congolais et remettre en question les partenariats internationaux, notamment avec l’Union européenne et la Chine, dans le cadre de la transition énergétique.

Par LPC

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