Fizi : Une Alliance Inédite pour Éteindre l’Incendie des Conflits Communautaires

Dans un geste porteur d’espoir au cœur d’une région meurtrie, les autorités et les communautés du territoire de Fizi ont scellé, jeudi, un pacte public pour la réconciliation. Une réunion élargie du Conseil local de sécurité (CLS), convoquée d’urgence, a rassemblé toutes les factions en présence dans un objectif clair : briser le cycle infernal des violences.

Sous le thème « Réconciliation et Paix », l’administrateur du territoire, Samy Kalonji Badibanga, a orchestré cette assemblée cruciale dans la salle polyvalente de Fizi. Autour de lui, une représentation exhaustive de la société : leaders communautaires et religieux, société civile, jeunesse, parlementaires nationaux et provinciaux, et – fait marquant – des représentants de toutes les factions Wazalendo, ces groupes d’autodéfense souvent à l’origine des récentes fractures.

Cette initiative ne relève pas d’un simple vœu pieux. Elle répond à une réalité brutale. Les mois précédents ont été marqués par une recrudescence d’affrontements armés entre groupes Wazalendo rivaux et autres milices dans les territoires de Fizi et Mwenga. En novembre 2025, des combats sanglants ont provoqué le déplacement de plus de 3 400 personnes, laissant derrière elles des maisons réduites en cendres et des infrastructures vitales détruites, alourdissant le fardeau d’une crise humanitaire déjà aiguë.

Face à ce désastre, l’appel de l’administrateur Kalonji a pris une tonalité à la fois ferme et inclusive. S’adressant aux huit principales communautés du territoire – Bafuliru, Babembe, Banyamulenge, Bajoba, Babuyu, Banyindu, Baluba et Barega –, il a invoqué la paix, la cohésion sociale et la coexistence pacifique comme seules options viables. « Tout discours de haine, de tribalisme, de discrimination ou de xénophobie sera puni. Les auteurs seront déférés devant la justice », a-t-il averti, traçant une ligne rouge claire.

Le débat a fait émerger une prise de conscience collective : les divisions internes affaiblissent gravement la résilience face aux menaces extérieures. Les participants ont unanimement souligné que ces fractures locales sapent la capacité des communautés à faire front commun contre les groupes armés rebelles, dont l’AFC/M23, dont la récente avancée et la prise de localités stratégiques comme Makobola, non loin de là, planent comme une ombre menaçante.

C’est sur ce fond d’urgence sécuritaire que les leaders ont pris des engagements concrets. Acte symbolique fort : des demandes mutuelles de pardon ont été formulées publiquement. Plus tangible encore, la décision a été actée de démanteler les barrières illégales qui paralysent la libre circulation, étouffent l’économie locale et attisent les tensions.

La réunion a également eu une portée opérationnelle. Un appel pressant a été lancé aux éléments des Volontaires pour la défense du peuple (VDP) encore à l’arrière pour qu’ils rejoignent sans délai les fronts de Rugezi et Makobola, signe que la réponse militaire coordonnée reste une priorité dans un contexte de guerre plus large.

Dans un élan visant à normaliser la vie, un représentant du chef de l’État a insisté pour la reprise immédiate des activités scolaires, invitant les parents à envoyer leurs enfants en classe dès ce vendredi 9 janvier. L’administrateur Kalonji, quant à lui, a exhorté toutes les communautés à « vaquer librement à leurs activités quotidiennes dans un climat d’entente et de sérénité ».

Si le chemin vers une paix durable dans le Sud-Kivu reste semé d’embûches, la rencontre de Fizi démontre que, face à l’escalade, une volonté politique locale, couplée à une mobilisation communautaire courageuse, peut initier un contre-récit. L’union affichée contre les divisions intestines et pour la réconciliation constitue un préalable indispensable à toute stabilisation. L’est du Congo retient son souffle, espérant que cette initiative ne reste pas un isolat, mais devienne la pierre angulaire d’une refondation sociale longtemps attendue.

Par Horus-Gabriel Buzitu

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