Une délégation ministérielle de haut niveau, conduite par la ministre d’État Ève Bazaiba, a évalué sur le terrain la situation critique des centaines de milliers de Congolais ayant fui les violences dans l’Est de la RDC. Le gouvernement congolais revendique son rôle de « premier donateur », dans une approche humanitaire qui défie les conventions.
Le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, et la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, Ève Bazaiba, ont conjointement présenté ce samedi 17 janvier un compte-rendu détaillé et alarmant sur la situation des réfugiés congolais au Burundi et en Tanzanie. Cette conférence de presse faisait suite à une mission humanitaire d’envergure effectuée par la ministre Bazaiba dans ces deux pays.
Accompagnée du ministre délégué à la Francophonie et des Congolais de l’étranger, ainsi que d’un représentant du ministre des Droits humains, Ève Bazaiba s’est rendue sur place pour constater les conditions de vie des compatriotes ayant fui « la guerre imposée par les M23, soutenu par le Rwanda ». Une mission qui, a-t-elle souligné, illustre la volonté de l’État congolais de « briser la barrière des lois internationales » pour venir directement en aide à ses « compatriotes en souffrance ».
« Il s’agit d’une tragédie humaine », a déclaré d’emblée la ministre Bazaiba, dépeignant un tableau sombre. Au Burundi, environ 250 000 Congolais sont répertoriés par le HCR et les autorités locales, dispersés dans sept sites. Le site de Busuma concentre à lui seul 67 000 personnes, dont 30 000 enfants. Parmi eux, 2 200 enfants non accompagnés, âgés de 3 à 14 ans, symbolisent le déchirement des familles.
En Tanzanie, ce sont 87 000 réfugiés congolais qui ont été comptabilisés, avec une proportion extrêmement élevée de mineurs : 50 000 enfants de 0 à 17 ans, majoritairement en rupture scolaire. « Ces chiffres ne sont pas des statistiques. Ce sont des pères, des mères et des enfants congolais dont la vie a été brisée », a insisté la ministre.
L’éducation en suspens et l’urgence humanitaire
Face à cette crise, des structures d’encadrement tentent de se mettre en place. « Il y a des cadres organisés au Burundi au niveau des camps pour essayer de prendre en charge l’instruction des enfants en attendant une reprise normale », a précisé Mme Bazaiba. En Tanzanie, certaines écoles ont déjà été établies, bien que les conditions restent « moins appréciables ».
Le Burundi, débordé par l’afflux, a lancé un appel à l’aide humanitaire internationale. Dans ce contexte, la RDC affirme être devenue « le premier donateur » pour ses propres ressortissants. Une position assumée, alors que le droit humanitaire international prévoit habituellement que le pays d’origine n’intervient pas directement auprès de ses citoyens sous statut de réfugié, pour préserver le caractère neutre et impartial de l’aide.
La ministre a observé que les réfugiés vivent « au rythme de la RDC » et réclament unanimement un retour dans leur pays, « en paix et en toute sécurité ». Le gouvernement travaille sur « un plan chronométré » pour faciliter ce retour, a-t-elle assuré, tout en rappelant que sa mise en œuvre est conditionnée à la résolution du problème d’insécurité dans l’Est.
Les ministres Muyaya et Bazaiba ont lancé un appel mobilisateur aux « Patriotes congolais », les mettant en garde contre ce qu’ils ont qualifié de « poison rwandais » : la désinformation. « La guerre n’est pas que sur le terrain mais aussi médiatique », ont-ils alerté, appelant à la vigilance et à l’unité face aux récits qui chercheraient à diviser ou à décourager la nation.
Par Horus-Gabriel Buzitu

