Le Rwanda avoue sa collaboration avec les M23-AFC et fixe ses conditions pour un désengagement

Dans un document détaillé, le Rwanda défend sa coordination sécuritaire avec le M23, la conditionne au désarmement du FDLR et s’inscrit dans le cadre des Accords de Washington.

Face aux critiques internationales récurrentes, les autorités rwandaises exposent une argumentation pour expliquer leur implication en République Démocratique du Congo (RDC). Elles y voient une mesure défensive limitée dans le temps et conditionnelle, liée à la persistance d’une menace qu’elles qualifient de « génocidaire ». La feuille de route pour y mettre fin serait, selon Kigali, strictement encadrée par les Accords de Washington.

Dans une prise de position argumentée et sans ambages, le Rwanda répond aux accusations de soutien à la rébellion du M23 en République Démocratique du Congo. Le cœur de son argumentaire repose sur un impératif de sécurité nationale : empêcher la résurgence d’une « insurrection transfrontalière génocidaire » pouvant menacer « l’existence même » du pays, en référence aux événements des années 1990 et à la menace persistante des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR).

Le gouvernement rwandais affirme avec transparence « engager une coordination sécuritaire » avec l’AFC/M23, qu’il présente comme un groupe congolais indépendant porteur de « grevances légitimes ». Il énumère les persécutions subies par les Tutsi congolais, les accords de paix non tenus et leur exclusion politique. Toutefois, Kigali se défend de vouloir dicter les affaires politiques du voisin ou de promouvoir la solution armée. « Nos actions sont strictement ciblées sur la protection du peuple rwandais », peut-on lire, précisant que ces mesures sont « proportionnées à la menace ».

Le désarmement du FDLR, condition sine qua non

Le document place l’entière responsabilité de la désescalade sur les épaules du gouvernement congolais, en liant explicitement tout désengagement rwandais à la mise en œuvre effective des Accords de Washington.

Le Rwanda s’engage à un « désengagement progressif, simultané et vérifié de manière indépendante » de ses mesures de coordination avec le M23, mais uniquement « en proportion directe » des étapes de désarmement du FDLR. Cette neutralisation des combattants FDLR, le démantèlement de leurs structures de commandement intégrées aux FARDC (l’armée congolaise) et la fin du soutien aux milices associées sont présentés comme les « obligations fondamentales » de Kinshasa.

« Les mesures défensives du Rwanda sont limitées dans le temps, conditionnelles et basées sur la menace. Elles ne sont pas ouvertes et cesseront parallèlement à la mise en œuvre vérifiée des points de référence du CONOPS « , stipule le texte.

La position rwandaise est ferme sur un point : la longévité de la menace FDLR est, selon elle, la conséquence directe des choix des gouvernements congolais successifs. Le document accuse Kinshasa d’avoir « incorporé des éléments du FDLR dans les opérations des FARDC » contre le M23, et plus récemment de chercher à les rediriger contre le Rwanda lui-même.

Par ce plaidoyer, le Rwanda tente d’avouer sa collaboration avec les M23-AFC et semble se présenter comme un État en situation de légitime défense préventive, agissant dans un cadre international (les Accords de Washington) et conditionnant strictement ses actions aux mesures prises par la partie adverse.

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