Lors d’une session du Conseil de sécurité consacrée à la présentation du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la MONUSCO, le groupe des trois pays africains membres du Conseil (A3), composé de la République démocratique du Congo, de la Somalie et du Libéria, a appelé à une refonte de l’architecture de mise en œuvre de la paix dans l’est de la RDC.
Face à une escalade sécuritaire persistante et à un décalage entre les engagements diplomatiques et la réalité sur le terrain, les A3 ont insisté sur la nécessité de passer des « mots sur le papier » à un cadre contraignant assorti de conséquences.
L’ambassadeur Lewis G. Brown II, représentant permanent du Libéria, a lu une déclaration au nom des trois nations, dans laquelle il a dressé un constat alarmant de la situation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il a notamment dénoncé l’introduction de moyens aériens sophistiqués, y compris les récentes attaques de drones à Kisangani et à Goma, qualifiant ces actions de traduction d’une escalade alarmante qui a coûté la vie à des civils, des humanitaires et des personnels onusiens.
Un cessez-le-feu prioritaire mais fragilisé
Les A3 ont rappelé que malgré les efforts diplomatiques, notamment les Accords de Washington pour la paix et la prospérité (décembre 2025) et les mesures de mars 2026 convenues entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis, la violence n’a pas cessé. La déclaration a mis en exergue un exemple frappant de cette fragilité : le 10 décembre 2025, au lendemain de la signature des accords de Washington, la coalition AFC/M23 s’est emparée d’Uvira, une ville stratégique, avant de se retirer sous pression internationale le 17 janvier.
Si les A3 se sont félicités de la signature, le 2 février 2026, des termes de référence du Mécanisme conjoint de vérification élargi (EJVM+) lors du processus de Doha, ils ont regretté que l’opérationnalisation des mécanismes de cessez-le-feu sur le terrain ne se soit pas encore pleinement matérialisée.
Appel à une « architecture régionale consolidée »
Le message central de la déclaration des A3 réside dans la proposition d’une nouvelle approche. Estimant que la région ne manque pas d’accords, mais que trop d’entre eux restent sans application concrète, les trois pays ont exhorté le Conseil à soutenir la mise en place d’une architecture régionale consolidée de mise en œuvre de la paix.
Celle-ci reposerait sur quatre piliers :
· Des repères clairs ;
· Une vérification par une tierce partie ;
· Des obligations assorties d’échéances précises ;
· Des conséquences en cas de non-respect, acceptées par toutes les parties et soutenues par l’ONU, l’Union africaine et les garants régionaux.
Les A3 ont également souligné l’urgence de combler le fossé entre les efforts diplomatiques et les dynamiques sécuritaires. Ils ont appelé les médiateurs désignés (Union africaine, États-Unis, Qatar) à redoubler d’efforts et à maintenir une pression sérieuse sur les parties au conflit afin d’éviter que l’est de la RDC ne replonge dans une guerre de haute intensité, avec le risque corrélatif d’une conflagration régionale dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.
En conclusion, la déclaration a réaffirmé le principe défendu par l’Union africaine selon lequel les problèmes africains appellent un leadership africain, soutenu par un véritable partenariat international, tout en saluant les services rendus par la Représentante spéciale sortante, Bintou Keita, et en souhaitant la bienvenue au nouveau chef de la MONUSCO, James Swan, à ce tournant décisif.
Par LPC

