Différend sur les salaires dans le Kwango : l’ISP et l’ISTM Kasongo-Lunda réclament 54 millions FC à la province

La Direction Générale de l’ISP et de l’ISTM Kasongo-Lunda dénonce par courrier des contradictions dans les versements et craint des troubles sociaux.

Un différend financier portant sur le paiement des salaires du personnel de l’Enseignement Supérieur et Universitaire à Kasongo-Lunda a éclaté au grand jour, suite à un échange de correspondances officielles entre la Direction Générale de l’ISP/ISTM Kasongo-Lunda et l’Ordonnateur Délégué Provincial du Kwango. Les documents, datés de fin décembre 2025, révèlent des contradictions flagrantes sur les montants perçus et pointent un risque de détournement perçu par les agents, ayant contraint les comités de gestion à une gestion de crise complexe.

L’origine du litige remonte à une Note Technique de l’Ordonnateur Délégué Provincial en date du 29 décembre 2025. Celle-ci affirmait qu’une enveloppe initiale non ventilée de 54.264.700 FC, destinée aux services déconcentrés de la province, avait été utilisée pour la paie des deux institutions (ISP et ISTM). L’autorité provinciale liait ensuite le remboursement de ce qu’elle appelle un « manque à gagner » de 54.264.745 FC à l’arrivée hypothétique des frais de fonctionnement du premier trimestre 2025 depuis le gouvernement central.

Cependant, dans leur réponse ferme, les Directeurs Généraux, les Professeurs Frédéric Mawoso Tsimba (ISTM) et M’Nongo Kima Buk’yal (ISP), invalident cette version. Ils produisent en annexe le rapport du Comptable Public Principal des Dépenses (Code 0420) daté du 24 décembre 2025. Ce document officiel de comptabilité publique atteste que le montant total reçu pour la paie d’octobre était en réalité de 170.912.588 FC. Sur cette somme, 116.647.843 FC étaient directement affectés aux salaires des deux institutions, et les 54.264.745 FC restants correspondraient justement à la part due par les services déconcentrés de la province.

« La confrontation de vos deux correspondances laisse clairement apparaître une contradiction flagrante quant à la vérité sur les montants effectivement perçus pour le mois d’octobre », accusent les directeurs, soulignant que les chiffres du comptable sont « bel et bien exacts ».

Une crise sociale évitée de justesse

La lettre des directeurs dresse un tableau préoccupant des conséquences humaines et sociales de cette confusion. Ils révèlent avoir dû se rendre à deux reprises à Kenge, le chef-lieu provincial, pour réclamer les fonds. Lors de la première visite, l’existence des salaires d’octobre leur aurait été niée.

Finalement, après intervention des services de l’Ordonnateur Délégué Général à Kinshasa, ils ont perçu à Kenge, en novembre, une avance correspondant aux salaires d’octobre, ainsi que la paie de novembre, pour un total de 116.647.843 FC. Face à cette situation anormale (une « avance » sur un salaire mensuel de l’État), les comités de gestion ont dû adopter une stratégie risquée pour éviter l’explosion sociale.

« Avec les fonds perçus, nous avons dû présenter les salaires du mois de novembre comme ceux d’octobre car le Personnel ne comprendrait pas que le mois de novembre soit payé avant le mois d’octobre », expliquent-ils. Cette manœuvre avait pour but de désamorcer une rumeur de détournement des salaires d’octobre qui courait déjà à Kasongo-Lunda, « avec le risque de déclencher des manifestations de rue ».

Les directeurs estiment que leurs institutions sont créancières d’un déficit de 54.264.745 FC, correspondant au montant que la province reconnaît devoir mais conditionne à un envoi de fonds du gouvernement central – dont l’exercice budgétaire 2025 est pourtant clôturé.

Ils concluent par un appel solennel aux autorités provinciales, mises en copie de la lettre, dont le Gouverneur et le Vice-Gouverneur. Ils les enjoignent, en tant que garants du bon fonctionnement des services publics, « d’user de tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un découvert financier afin de couvrir sans atermoiements et sans délai ce déficit en rapport avec la paie du mois d’octobre en souffrance ».

Par LPC

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