CULTURE: Comment un concert à l’international peut-il être plus qu’un événement musical ?

Et si, derrière chaque note jouée sur une scène internationale, se jouait aussi une bataille d’image, d’influence et d’identité nationale ?Lorsqu’un artiste congolais de grande envergure se produit dans un endroit mythique à l’étranger, il ne s’agit pas simplement d’un spectacle : c’est un acte de rayonnement national, une ambassade culturelle en mouvement, où la musique devient le véhicule d’une mémoire, d’un héritage et d’une vision.

La musique comme diplomatie culturelle Au-delà de la scène, chaque concert international contribue à la consolidation du soft power congolais. La musique y devient un langage universel, un espace de dialogue entre les peuples, une manière d’exister autrement dans un monde souvent dominé par les récits économiques ou géopolitiques.

Quel est le rôle du Ministère de la Culture dans une telle perspective ? Dans cette perspective, le Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine, sous la conduite de Madame Yolande Elebe Ma Ndembo, s’attache à repositionner la culture congolaise au cœur de la diplomatie nationale.

Des initiatives telles que : le déploiement du Front Culturel, mobilisant les artistes face à la guerre injustement imposée à l’Est du pays,ou encore la création annoncée de la Maison de la Culture Congolaise à Paris, témoignent d’une stratégie claire : faire de la culture congolaise une vitrine collective d’unité, de paix et d’influence.Le cas du Stade de France : un symbole, pas une exceptionL’exemple du concert de Fally Ipupa au Stade de France a cristallisé les débats.

Mais au-delà de la personne de l’artiste, il faut y voir un signal fort, une vitrine internationale dont peuvent profiter tous les artistes congolais.

Ce type d’événement ouvre la voie à de nouvelles opportunités pour la scène culturelle congolaise dans son ensemble: il attire les regards, stimule les échanges, et incite les institutions étrangères à s’intéresser davantage à la créativité congolaise sous toutes ses formes.

Ce n’est pas “le concert de Fally”, c’est un moment de rayonnement. C’est la démonstration que la culture congolaise, dans sa pluralité, peut conquérir les grandes scènes du monde.Une vitrine pour toute une génération d’artistesChaque fois qu’un artiste congolais brille à l’étranger, qu’il s’agisse de musique, de danse, de théâtre, de mode ou de cinéma, c’est l’image du pays tout entier qui s’élève.

Ces réussites individuelles constituent autant de ponts pour les autres artistes, qui peuvent s’appuyer sur cette visibilité pour accéder à de nouveaux marchés, festivals ou collaborations internationales.

C’est ainsi qu’on a vu le Ministère de la Culture, Arts et Patrimoine s’engager dans une démarche de programmation culturelle parallèle,  des espaces où la jeunesse artistique congolaise peut exposer son talent, en marge d’un grand évènement qui aura surement un impact non négligeable sur la culture congolaise. Ces « Side events » culturels, pensés permettent à d’autres disciplines arts visuels, cinéma, littérature, mode, artisanat de profiter de ces moments de forte visibilité.

Un enjeu pour la politique culturelle nationaleAccompagner un artiste dans sa conquête du monde, ce n’est pas financer un concert ou se substituer à sa production : c’est investir dans l’image du pays, stimuler les industries culturelles et renforcer la diplomatie par la création.

La politique de fonds que mène son Excellence Madame Yolande Elebe Ma Ndembo, Ministre de la Culture, Arts et Patrimoine actuellement est bel et bien un cas de figure :Une loi – cadre qui encadre le secteur « la politique culturelle nationale », inexistante depuis l’accession du pays à l’indépendance.Coopération et diplomatie culturelle renforcées,Statut de l’Artiste reconnaissant l’artiste dans sa profession et assurant la couverture socialeet intégration de la culture dans les politiques de développement.Et si l’on investissait dans la culture comme on le fait dans les mines ? ou dans le sport ?

La question mérite d’être posée.Lorsque l’État investit 10 millions de dollars dans un projet minier ou sportif, personne ne parle de “favoritisme” ou de “polémique”. Mais si ce même montant était alloué à la culture , à la création d’infrastructures, à la formation artistique, ou à l’exportation du savoir-faire congolais  le débat s’enflammerait aussitôt.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes :
les industries culturelles et créatives génèrent plus de 2 250 milliards de dollars par an dans le monde,et représentent près de 30 millions d’emplois, soit plus que l’industrie automobile mondiale.

Le Congo, qui regorge de talents, de patrimoine et d’identité, a tout à gagner à investir dans cette économie du futur.Chaque franc investi dans la culture ne finance pas un divertissement : il sème les graines d’une économie durable, d’une diplomatie d’influence et d’une fierté nationale retrouvée.

En réalité, la question n’est pas “pourquoi investir dans la culture ?”Mais plutôt : “combien coûte à la RDC le fait de ne pas le faire ? ”Une nouvelle conscience culturelleLa culture congolaise ne se résume pas à un nom, ni à un artiste : elle est une énergie collective, une matière première non exploitée.Un concert à l’international, qu’il s’agisse de Fally Ipupa, de chorales gospel, de cinéastes ou de créateurs de mode, devient une scène de rayonnement national, une preuve que le Congo a les moyens de se raconter autrement.

La vraie question est donc celle-ci :Sommes-nous prêts à considérer la culture non plus comme une distraction, mais comme une puissance économique et diplomatique à part entière ? Car à travers ses artistes, ses penseurs et ses créateurs, le Congo ne se contente plus de divertir le monde : il s’y affirme, il s’y inscrit, et il s’y projette.Et tout commence quelque part, souvent par un acte culturel, une scène, une idée ou un rêve devenu collectif.

Par Thierry MUDIMBI

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