Les dernières données mondiales, compilées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans son rapport annuel, révèlent une augmentation significative du nombre de cas de paludisme en 2024, effaçant une partie des progrès durement acquis au cours des dernières décennies.
Le rapport confirme la concentration extrême de l’épidémie : 94% des cas mondiaux, soit 265 millions, sont localisés sur le continent africain.
La charge de la maladie reste inégalement répartie, avec cinq pays supportant plus de la moitié des cas du continent : le Nigeria (25,8%), la République Démocratique du Congo (13,3%), l’Ouganda (5%), l’Éthiopie (4,7%) et le Mozambique (3,9%).
Trois pays sont identifiés comme les principaux contributeurs à la hausse mondiale : l’Éthiopie (+2,9 millions de cas), Madagascar (+1,9 million) et le Yémen (+378 000).
Conflits, climat et systèmes de santé fragilisés : un cocktail explosif
Depuis 2015, les cas ont augmenté de près de 24% en Afrique. Le rapport liste plusieurs facteurs interdépendants : la persistance de conflits qui entravent l’accès aux soins et la distribution de moyens de prévention, le changement climatique qui modifie la répartition et la durée des saisons de transmission, et des ruptures de stocks en moustiquaires imprégnées d’insecticide.
Cependant le financement mondial dédié à la lutte contre le paludisme n’a atteint que 3,9 milliards de dollars en 2024. C’est 42% seulement de l’objectif annuel de 9,3 milliards fixé par la stratégie mondiale pour 2025.
Le déficit financier atteint désormais le niveau record de 5,3 milliards de dollars, une tendance à la hausse constante depuis 2019.
Sans un engagement financier renouvelé et à la hauteur des enjeux, l’objectif d’une réduction de 90% de l’incidence du paludisme d’ici 2030, fixé par l’OMS, semble de plus en plus hors d’atteinte.
Par Dieumerci Anawezi

