Accord de Paix de Washington : la mise en œuvre piétine, les retards s’accumulent

Cinq mois après sa signature, l’accord censé apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda accuse une mise en œuvre lente et inégale, selon un rapport d’évaluation de novembre 2025. Les mesures sécuritaires les plus sensibles restent largement lettre morte, malgré quelques signaux positifs sur le front diplomatique.

Le processus de paix dans la région des Grands Lacs montre des signes inquiétants d’essoufflement. Cinq mois après la signature de l’Accord de Paix de Washington, le 27 juin 2025, entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, les progrès concrets restent ténus. Un rapport d’évaluation pour le mois de novembre 2025 révèle une stagnation préoccupante, avec un taux global d’exécution de seulement 23,3 % (70 points sur 300) pour l’ensemble des 30 tâches identifiées dans le texte.

La répartition des responsabilités accuse également des retards notables. Sur les 26 tâches incombant à la RDC, seules 16 ont connu un début d’exécution, représentant un taux de réalisation de 22,1 %. Le Rwanda, responsable de 22 tâches, n’en a partiellement exécuté que 13, soit un taux de 22,7 %. Seule la communauté internationale (États-Unis, Qatar, UA, ONU), chargée de 7 tâches, affiche un bilan légèrement supérieur, avec un taux d’exécution de 39,2 %.

Malgré ce tableau général morose, quelques développements positifs sont à noter pour la période du 1er au 30 novembre 2025. Le 8 novembre, les deux pays ont signé un Cadre d’Intégration Économique Régionale, démontrant une volonté d’envisager la paix au-delà du seul prisme sécuritaire. Une semaine plus tard, le 15 novembre, un accord-cadre était paraphé au Qatar entre le gouvernement congolais et les représentants de l’AFC/M23 en vue de mettre fin aux hostilités. Enfin, les mécanismes de suivi de l’accord, le JSCM (Mécanisme Conjoint de Coordination de la Sécurité) et le JOC (Comité de Surveillance Conjointe), ont maintenu un fonctionnement régulier.

Les blocages persistants au cœur de la crise

Ces avancées restent cependant éclipsées par l’échec à mettre en œuvre les mesures cardinales de l’accord. Un calendrier conjoint adopté en septembre prévoyait la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises entre le 1er et le 30 octobre 2025. Ces opérations n’ont pas eu lieu.

Les obstacles sont multiples. Si les FARDC ont lancé des appels à la reddition, les FDLR affichent leur intention de « résister » dans l’attente d’un dialogue avec Kigali. Parallèlement, les autorités rwandaises conditionnent le retrait de leurs troupes à une neutralisation préalable des FDLR, alors que l’accord prévoyait une exécution simultanée.

Sur le terrain, les combats persistent. Les affrontements entre les FARDC et l’AFC/M23, soutenu par le Rwanda, se poursuivent en dépit de la signature de l’accord-cadre au Qatar. L’accès humanitaire demeure également un défi critique, comme en témoigne la réouverture toujours en attente de l’aéroport de Goma, pourtant réclamée lors de la conférence de Paris fin octobre.

Enfin, le rapport pointe l’insuffisance des compte-rendus des instances de suivi (JOC et JSCM), jugés trop brefs et ne rendant pas pleinement compte des difficultés opérationnelles rencontrées.

Venance MANZANZA

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