Sud-Kivu : le gouvernement provincial dénonce des pillages systématiques et des crimes de guerre perpétrés par l’AFC/M23 à Uvira

Un communiqué officiel accuse le groupe armé d’avoir organisé le vol de centaines de camions de biens publics et privés en pleine période de reconstruction.


Le gouvernement provincial du Sud-Kivu a rendu public ce vendredi 16 janvier 2026 un communiqué accablant dans lequel il dénonce une campagne de pillage systématique, de spoliation et de violations graves du droit international humanitaire perpétrée par l’AFC/M23 dans la ville et le territoire d’Uvira. Les autorités provinciales affirment que ces actes, commis le jour même de la publication d’une lettre du groupe armé aux Nations Unies, constituent une stratégie criminelle planifiée pouvant être qualifiée de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Des pillages coordonnés sous couvert de mouvements militaires

Selon le communiqué officiel n° 002/MIN/COMM-MEDIAS/SK/2026, daté du 16 janvier 2026, l’AFC/M23 aurait organisé, le 15 janvier, des opérations de pillage à grande échelle à Uvira. Ces actions contredisent directement les engagements de « bonne foi » présentés par le groupe dans une correspondance adressée au Secrétaire Général des Nations Unies le même jour.

Les autorités provinciales affirment avoir documenté le départ de 49 camions Wowoo et 113 camions Ben de 6 m³ de Bukavu, officiellement pour transporter des militaires retirés d’Uvira vers la plaine de la Ruzizi. En réalité, ces convois auraient servi au transport illicite de biens appartenant à l’État congolais et à des particuliers, directement acheminés vers le Rwanda.

Matériaux de construction, bétail et moyens de subsistance saisis

Dans la nuit du 15 janvier, des matériaux de construction destinés à la reconstruction des infrastructures routières – un chantier initié par le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo – ont été chargés de force dans des camions appartenant aux rebelles. Trente-quatre camions Wowoo remplis de goudron auraient notamment pris la direction du Rwanda.

Le pillage n’a pas épargné les civils. Des tricycles, essentiels au transport public et à la subsistance économique de nombreux habitants, ont été emportés. Du bétail (vaches et petit bétail) regroupé dans les plateaux a été conduit vers Bwgera pour une destination inconnue, privant les éleveurs de leurs moyens de vie. Le reste des biens stockés dans des entrepôts aurait été évacué par la frontière de Kamanyola.

Des violations graves du droit international humanitaire

Le gouvernement provincial estime que ces actes violent spécifiquement :

· L’article 33 de la IVe Convention de Genève qui interdit le pillage.
· L’article 52 du Protocole additionnel I relatif à la protection des biens de caractère civil.
· L’article 8 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale, qui qualifie le pillage de crime de guerre.

« Il s’agit d’une punition collective, strictement interdite par le Droit international humanitaire », peut-on lire dans le texte.

Le communiqué souligne l’impact humanitaire dévastateur de ces actions. Elles aggraveraient délibérément une crise alimentaire déjà sévère, augmenteraient le coût de la vie en coupant les circuits d’approvisionnement et accentueraient la vulnérabilité d’une population dépendante de l’agriculture et de l’élevage.

Le gouvernement provincial du Sud-Kivu va plus loin dans son analyse, y voyant « une stratégie criminelle planifiée » de destruction des moyens de subsistance, qui pourrait relever des crimes contre l’humanité. Il alerte même sur un « processus de génocide préparé sous d’autres formes, à travers la famine, la paupérisation extrême et la dépossession généralisée. »

Appel à la mobilisation internationale

Face à cette situation, le gouvernement provincial :

  1. Condamne avec la plus grande fermeté ces actes criminels.
  2. Appelle la communauté internationale, les Nations Unies, l’Union Africaine, la CPI et les organisations de défense des droits de l’homme à documenter ces faits et à engager des poursuites contre les auteurs et complices.
  3. Réaffirme l’engagement du Président de la République à protéger les civils et défendre l’intégrité territoriale.
  4. Rappelle que « le silence, l’inaction et la complaisance face à de tels crimes constituent une responsabilité morale et juridique grave. »

Le communiqué est signé par Me LUGANYWA-BASHIZI-Didier Kab, au nom du gouvernement provincial du Sud-Kivu, depuis l’Hôtel du Gouvernement à Baraka.

Par Horus-Gabriel Buzitu

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