Le gouvernement congolais alerte sur un « tournant grave » et un risque d’embrasement régional, accusant Kigali de saborder délibérément le processus de paix parrainé par le président américain Donald Trump.
Dans un communiqué officiel rendu public ce samedi, le gouvernement de la République Démocratique du Congo dresse un tableau alarmant de la situation sécuritaire dans le Sud-Kivu. Il accuse les Forces de défense rwandaises (RDF) et le groupe M23 d’avoir lancé une offensive généralisée violant le cessez-le-feu, causant des centaines de morts et de déplacés, et menaçant directement la stabilité régionale. Kinshasa appelle à des sanctions et à une action urgente de la communauté internationale pour sauver l’accord de paix signé sous auspices américaines.
La fragile paix dans l’est de la République Démocratique du Congo est une nouvelle fois violemment secouée. Le gouvernement congolais, par la voix du ministère de la Communication et des Médias, a publié un communiqué dénonçant avec véhémence une « offensive généralisée » lancée depuis plusieurs jours par l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23 dans la région d’Uvira, sur l’axe Kamanyola.
Les termes employés sont sans équivoque : « aventure criminelle », « violation flagrante » des engagements de paix et du droit international humanitaire. Selon Kinshasa, cette attaque a employé des « armes tactiques notamment des drones kamikazes », entraînant des « pertes en vies humaines parmi les civils » et des « dégâts matériels considérables ».
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Le bilan évoqué est lourd. Les autorités congolaises font état de « plus d’une centaine de cas de décès », de « plus de 200 000 nouveaux cas de déplacés » et de milliers d’autres personnes contraintes à la fuite. Des infrastructures civiles seraient endommagées et des blessés privés d’accès aux soins. « Le Gouvernement exprime sa solidarité et sa compassion aux populations victimes notamment celles d’Uvira », peut-on lire dans le document.
Un risque d’embrasement régional confirmé
La gravité de la situation dépasse, selon Kinshasa, le seul cadre congolais. Le communiqué révèle un élément nouveau et particulièrement inquiétant : à partir du 4 décembre 2025, des tirs d’artillerie attribués aux positions RDF-M23 auraient franchi la frontière et touché le territoire burundais. Cet incident illustrerait « le potentiel déstabilisateur de cette agression pour l’ensemble de la région des Grands Lacs ».
Le Rwanda accusé de tourner le dos à l’accord de Washington
Le cœur de la colère et de l’inquiétude de Kinshasa réside dans le timing de ces offensives. Le gouvernement les présente comme « un choix délibéré du Président Kagame de tourner le dos aux Accords de Washington moins d’une semaine après leur signature ». Cet accord, conclu sous les auspices du président américain Donald J. Trump, était censé ramener la paix dans la région.
« Il s’agit d’un tournant grave », estime le gouvernement, qui accuse Kigali de « saper ainsi de manière intentionnelle les efforts consentis par le Président Donald J. Trump ». Le texte prend acte du soutien du Groupe de contact international (GCI), qui aurait « identifié sans ambiguïté la responsabilité du Rwanda et du M23 ».
Appels pressants à la communauté internationale
Face à ce qu’il qualifie de « mépris flagrant », Kinshasa en appelle à la réaction de la communauté internationale. Il demande des « mesures contraignantes, notamment des sanctions » pour assurer l’application de l’Accord de Washington.
Le gouvernement congolais lance un double appel :
- Aux facilitateurs des processus de Washington et de Doha, ainsi qu’à la médiation africaine, pour qu’ils utilisent leur « arsenal politique et diplomatique » et adoptent des « mesures urgentes, fermes et coordonnées ».
- Au Conseil de sécurité des Nations Unies, pour qu’il prenne des « mesures rapides et résolues » afin de garantir l’application de sa résolution 2773 (2025), notamment concernant la protection des civils et la cessation des hostilités.
Le communiqué se conclut sur une note de fermeté : « Le Gouvernement demeure engagé au respect des accords mais ne renoncera jamais à son droit légitime à la sécurité, à la protection de sa population et à la défense de l’intégrité de son territoire. »
Cette sortie officielle marque une escalade verbale significative et place la balle dans le camp des parrains internationaux de la paix. Elle souligne la extrême fragilité des processus diplomatiques en cours face à la persistance des dynamiques militaires sur le terrain. La réponse, ou l’absence de réponse, de la communauté internationale sera scrutée comme un test décisif de sa capacité à prévenir un nouvel engrenage de violence dans la région des Grands Lacs.
Source : Communiqué du Ministère de la Communication et des Médias de la RDC – 10 décembre 2022.

